Galerie Vivienne, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT

PASSAGES COUVERTS

 

Concentrés sur la rive droite de la Seine, traditionnellement plus industrieuse et commerçante que la rive gauche, ils traversent les Grands Boulevards du Nord au Sud. Véritables invites à la flânerie, ces petits joyaux ne sont plus aujourd’hui qu’une vingtaine. Populaires ou mondains, ils offrent l’occasion de s’y perdre.

Aux origines.

À la fin du XVIIIème siècle, il faut s’imaginer Paris. La capitale offre alors toutes les caractéristiques urbaines du Moyen-âge : les rues sont tortueuses, sans trottoirs ni égouts, mal éclairées la nuit, et les petits commerçants ne disposaient que de bien peu de place pour installer leurs étals. C’est la confiscation des biens du clergé et de l’aristocratie lors de la Révolution qui ouvrit la porte à une importante spéculation immobilière. De grandes parcelles de terrain devenant disponibles, on les perça de galeries que l’émergence de nouveaux riches va accélérer. Largement inspirés des souks arabes avec la lumière zénithale tombant des verrières, ils vont de pair avec la mode orientaliste qui faisait fureur à Paris au lendemain de la guerre d’Egypte. Si les premières structures sont des charpentes en bois, elles sont remplacées par le fer, très en vogue début XIXème.

Passage du Grand-Cerf, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Passage du Grand-Cerf, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT

Aux côtés des boutiques qui fleurissent, s’ouvrent salons littéraires et cabinets de lecture. Les passages deviennent des lieux de promenade et de rendez-vous que les représentations des nombreux théâtres des Grands Boulevards amplifient, les promeneurs prenant l’habitude de déambuler dans ces galeries chauffées et éclairées au gaz avant et après le spectacle. C’est aussi l’époque des premiers restaurants dignes de ce nom, des bals, des estaminets, où l’on jouait aux dames et où l’on buvait de l’absinthe. Tout un monde où se côtoyaient bourgeois et employés de maison, aristocrates désargentés, poètes et théâtreux.

Construits pour la plupart au début du XIXème siècle, ils connurent leur apogée sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Leur implantation répondait à une double exigence urbaine : les passages orientés nord-sud, concentrés autour du Palais-Royal jusqu’aux boulevards des Italiens et Montmartre (secteur “nouveau-riche” des hommes d’affaires et quartier des théâtres), tandis que les passages est-ouest, plus roturiers, se greffent sur la rue Saint-Denis, axe fort du Paris industrieux et commercial de l’époque. Plus récents et plus sobres que les premiers à l’exception du Grand-Cerf, entièrement rénové, la flânerie débute par ces passages plus populaires.

Passages populaires.

Le passage du Bourg-l’Abbé (1828) se situe dans le prolongement du passage du Grand-Cerf. Amputé d’un tronçon lors du percement du boulevard de Sébastopol, il continue de l’autre côté du boulevard, dans le passage de l’Ancre. La porte qui donne sur la rue de Palestro est ornée de deux caryatides figurant l’Artisanat et la Petite Industrie (enclume, roue dentée) et le Commerce (ancre, ballot de marchandises). Longtemps abandonné, il a fait l’objet d’une rénovation de goût.

Passage du Bourg-l'Abbé, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Passage du Bourg-l’Abbé, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT

Quasiment en face, celui du Grand-Cerf : construit entre 1825 et 1835 à l’emplacement de l’hôtellerie du Grand-Cerf, terminus des voitures de poste jusqu’à la Révolution, ce passage, très lumineux et au sol marbré, fourmille de boutiques de créateurs.

Façade du Passage du Caire, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Façade du Passage du Caire, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT

Le passage du Caire fut couvert en 1798 sur l’emplacement du couvent des Filles-Dieu, la célèbre Cour des Miracles. Il doit son nom à l’engouement pour l’Egypte que suscita l’expédition de Napoléon dans ce pays. Cet ancien haut lieu de l’industrie lithographique est aujourd’hui le rendez-vous de professionnels du prêt-à-porter. Faut-il le préciser : nous sommes au coeur du Sentier

Passage du Caire, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Passage du Caire, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT

Non loin, le passage du Ponceau, ouvert en 1826, très haut et doté de grandes fenêtres, tient son nom d’un ancien petit pont couvrant un égout à ciel ouvert (au-dessus de la rue Saint-Denis). Aujourd’hui envahi par les magasins de chaussures et boutiques de confection, il ne retient pas spécialement l’attention. 

Où ? 

→ Passage du Bourg l’Abbé 120, rue Saint-Denis / 3, rue Palestro, Paris 2ème. M° Etienne Marcel.

→  Passage du Grand Cerf  145, rue Saint-Denis, Paris 2ème. M° Etienne-Marcel.

→ Passage du Caire 2, place du Caire, Paris 2ème. M° Réaumur-Sébastopol.

→  Passage du Ponceau 212, rue Saint-Denis / 119, boulevard de Sébastopol, Paris 2ème. M° Réaumur-Sébastopol.

Plus connu est le passage du Prado : son nom vient de son propriétaire de l’époque, fou amoureux du Prado à Madrid et qui le décora façon Art déco. À noter la technique dite de “carton-pierre”, bouillie de sable et de carton qui se moule sur une armature en fer. Aujourd’hui, commerces turcs et africains cohabitent.

Passage du Prado, Paris 10ème © Isabelle SIBOUT
Passage du Prado, Paris 10ème © Isabelle SIBOUT

Sur la même voie, le passage du Brady : voie privée ouverte en 1828 par M. Brady, son propriétaire, elle débute au n° 43 de la rue du Faubourg Saint-Martin. Coupée ensuite en deux par le percement du boulevard de Strasbourg, elle laisse entrevoir dans sa première partie une jolie placette pavée où on trouve de beaux costumes (Sommier). La deuxième partie débouche au n°46 du Faubourg Saint-Denis : abritant autrefois des bains et des cabinets de lecture, il est devenu un Little India (restaurants, coiffeurs, boutiques) depuis ses premiers arrivants dans les années 70, originaires des anciens comptoirs français.

Passage du Brady, Paris 10ème © Isabelle SIBOUT
Passage du Brady, Paris 10ème © Isabelle SIBOUT

Certains passages en revanche n’ont pas connu ce succès tant dans le passé que de nos jours : ainsi, le passage Vendôme, qui, malgré sa position urbaine intéressante, n’a jamais véritablement réussi à se faire une place digne de son nom.

Où ? 


→ Passage du Prado 12, rue du Faubourg Saint-Denis / 18, boulevard Saint-Denis, Paris 10ème. M° Château d’Eau.

→ Passage du Brady 33, boulevard de Strasbourg / 18, rue du Faubourg Saint-Denis, Paris 10ème. M° Strasbourg St-Denis.

→ Passage Vendôme 16, rue Béranger / 3, place de la République, Paris 3ème. M° République.

La construction des grandes gares parisiennes et le percement sous Haussmann de larges avenues bordées de trottoirs sonnèrent le glas aux passages couverts. L’apparition des grands magasins et l’importance grandissante de la voiture finirent de détourner les promeneurs de ces galeries.

Aujourd’hui cependant, les embouteillages et la curiosité réhabilitent les trottoirs pour leur redonner une seconde jeunesse.

La flânerie se poursuit par les galeries plus “mondaines”, orientées nord-sud et concentrées autour du Palais-Royal jusqu’aux Boulevards.


Passages mondains.

Autour du jardin du Palais-Royal, les enseignes désuètes d’antiquaires et de collectionneurs confèrent à l’endroit une atmosphère mélancolique. En 1780, le duc d’Orléans confie à l’architecte Victor Louis le soin de construire des maisons de rapport bordées de boutiques. Ses cadets (Valois, Montpensier et Beaujolais) donnent leur nom aux trois galeries, qui deviennent rapidement la promenade favorite des Parisiens. En 1829, le Palais-Royal se dote de la somptueuse galerie d’Orléans, reliant les arcades de Montpensier et de Valois. De ces arcades ne subsiste que la double colonnade entre la cour d’honneur et le jardin : la galerie Montpensier dédiée aux collectionneurs et gastronomes, dont on a un gourmand aperçu au restaurant « Grand Véfour », maison fondée en 1760 qui arbore de somptueux salons Directoire. La galerie Valois rassemble quant à elle de beaux magasins de luxe.

Où ? 

→ Le Grand Véfour 17, rue de Beaujolais, Paris 1er. Tél. : 01 42 96 56 27 / grand-vefour.com

♦  Du Palais-Royal à la Bourse.

Plusieurs passages ont trouvé leur place. Véro-Dodat d’abord : ouverte en 1826 par deux fortunés charcutiers, Véro et Dodat, la galerie, pavée de marbre noir et blanc, est un bijou de décoration intérieure. Elle dut son succès au service “Messageries” situé tout près : les voyageurs attendant leur diligence venaient flâner devant ses boutiques ! 

Galerie Vero-Dodat, Paris 1er © Isabelle SIBOUT
Galerie Vero-Dodat, Paris 1er © Isabelle SIBOUT

Elle a conservé son charme un peu suranné avec ses galeries d’art, son luthier, François Charle, et son Café de l’Epoque. Le chausseur Christian Louboutin s’y est lui aussi installé, du moins pour les chaussures version masculine.

Le luthier François Charle, Galerie Vero-Dodat, Paris 1er © Isabelle SIBOUT
Le luthier François Charle, Galerie Vero-Dodat, Paris 1er © Isabelle SIBOUT

Plus loin, la galerie Vivienne, considérée comme la plus luxueuse de Paris : les gourmets des salons de thé y côtoient les amateurs de tissus de haute couture et de livres anciens à la Librairie Ancienne et Moderne Jousseaume fondée en 1826. Sous les verrières, la lumière des fenêtres en demi-lune de l’entresol laisse entrevoir les mosaïques dessinées par l’Italien Facchina.

Galerie Vivienne, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Galerie Vivienne, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT

Pour la pause, on a le choix entre le chocolat chaud à l’« A Priori Thé«  ou un verre de vin chez « Legrand Filles et Fils ». 

Juste à côté, et pour mieux la concurrencer, la galerie Colbert, créée deux ans plus tard : elle dépend aujourd’hui de la Bibliothèque Nationale qui y organise expositions, conférences, ainsi que des concerts dans d’auditorium situé sous la rotonde. 

Galerie Colbert, 2ème © Isabelle SIBOUT
Galerie Colbert, 2ème © Isabelle SIBOUT

Non loin, le passage Choiseul consacré au théâtre et à la littérature : le premier éditeur de Verlaine y avait sa librairie, Céline y passa son enfance et l’immortalisa sous le nom de “passage des Bérénisas” dans « Mort à crédit », tandis qu’Offenbach passait par le n° 73 pour rejoindre son théâtre des Bouffes-Parisiens.

Où ?

→ Galerie des Arcades Palais-Royal, Paris 1er. M° Palais-Royal.

→  Galerie Véro-Dodat 19, rue Jean-Jacques Rousseau, Paris 1er. M° Louvre-Rivoli.


→  Luthier François Charle 17 Galerie Véro-Dodat, Paris 1er. Tél. : 01 40 20 96 74 / www.rfcharle.com

→  Café de l’Epoque  2, rue du Bouloi, Paris 1er. Tél.: 01 42 33 40 70.

→  Christian Louboutin Men Paris 19, rue Jean-Jacques Rousseau, Paris 1er. Tél.: 01 42 36 53 66 / eu.christianlouboutin.com

→  Galerie Vivienne  4, rue des Petits-Champs, Paris 2ème. M° Bourse.


→  Librairie Ancienne et Moderne Jousseaume 45-46-47, Galerie Vivienne, Paris 2ème. Tél.: 01 42 96 06 24 / www.librairie-jousseaume.fr

→  A Priori Thé  35-37, Galerie Vivienne, Paris 2ème. Tél.: 01 40 28 94 35 / apriorithe.com

→  Legrand Filles et Fils  1, rue de la Banque, Paris 2ème. Tél.: 01 42 60 07 12 / www.caves-legrand.com

→  Galerie Colbert  2, rue Vivienne, Paris 2ème. M° Bourse.


→  Passage Choiseul  Rue Dalayrac, Paris 2ème. M° Quatre-Septembre.

♦ Les passages des boulevards.

Le passage des Panoramas, premier passage de la capitale construit en 1799 par l’Américain Thayer, attira immédiatement les Parisiens venus y admirer ses fresques peintes en trompe-l’œil (“panoramas”), dont on a un aperçu du côté du restaurant-traiteur « L’arbre à cannelle ». Décrit par Zola dans « Nana », ce passage est composé de plusieurs galeries abritant graveurs, philatélistes et boutiques de prêt-à-porter.

Passage des Panamas, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Passage des Panamas, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Fresque, Passage des Panamas, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT
Fresque, Passage des Panamas, Paris 2ème © Isabelle SIBOUT

Situé tout à côté du musée Grévin, le passage Jouffroy. Avec ses structures métalliques, sa verrière en ogive et son dallage restauré, il a gardé tout son chic d’antan : boutiques de broderie, de jouets anciens, jusqu’aux lourds rideaux de velours qui proposent un décor théâtral à une belle collection de cannes anciennes à la galerie Fayet.

La Galerie Fayet, Passage Jouffroy, Paris 9ème © Galerie Fayet
La Galerie Fayet, Passage Jouffroy, Paris 9ème © Galerie Fayet
Passage Jouffroy, Paris 9ème © Isabelle SIBOUT
Passage Jouffroy, Paris 9ème © Isabelle SIBOUT

Dans le prolongement de ce passage, proche de l’Hôtel Drouot, le passage Verdeau offre un beau décor néo-classique où alternent salons de thé, antiquaires de meubles, la mercerie « Au bonheur des Dames« , la « librairie Buret Roland » spécialisée en vieux numéros de bandes dessinées.

Passage Verdeau, Paris 9ème © Isabelle SIBOUT
Passage Verdeau, Paris 9ème © Isabelle SIBOUT

Dernier passage couvert construit en 1860, celui des Princes : fréquenté par Baudelaire, il n’abrite aujourd’hui que des magasins de jouets. Mais les verrières et les luminaires exceptionnels en font son principal attrait. 

Les passages de la Madeleine, de Puteaux et du Havre, enfin, constituent la troisième génération. Situés dans le quartier de la gare Saint-Lazare, plus larges et plus courts, ils sont de décoration moins riche.

Où ?

→ Passage des Panoramas 11, boulevard Montmartre. Paris 2ème. M° Grands-Boulevards.

→ L’arbre à cannelle  57, Passage des Panoramas, Paris 2ème. Tél. : 01 45 08 55 87.

→ Galerie Fayet 34, Passage Jouffroy, Paris 9ème. Tél.: 01 47 70 89 65 / www.galerie-fayet.com

→ Passage Jouffroy 10, boulevard Montmartre. Paris 9ème. M° Grands-Boulevards / passagejouffroy.com

→ Passage Verdeau 31, bis rue du Faubourg-Montmartre. Paris 9ème. M° Richelieu-Drouot.


→ Le Bonheur des Dames 8 Passage Verdeau, Paris 9ème. Tél.: 01 45 23 06 11 / www.bonheur-des-dames.biz

→ Librairie Buret Roland  6, Passage Verdeau, Paris 9ème. Tél.: 01 44 79 07 45.

→ Passage des Princes 3-5, boulevard des Italiens. Paris 2ème. M° Richelieu-Drouot.


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