A l'angle de la rue de Froidevaux, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

MONTPARNASSE

Montparnasse, dans le 14ème arrondissement, ne se cantonne pas à sa gare et sa tour, l’une des plus hautes d’Europe. Le quartier s’étend en effet de Vavin et ses grands lieux de l’Ecole de Paris jusqu’à la rue de la Gaîté et le Jardin Atlantique. À la rencontre des « Montparnos »…

Denfert-Rochereau & Daguerre.

De ce vaste quartier qu’est Montparnasse, la visite peut commencer par le côté Est du cimetière Montparnasse, soit par la place Denfert-Rochereau. Ce grand carrefour en effet en impose par son gigantesque Lion de Belfort juché là, au beau milieu. Copie en bronze du Lion de Bartholdi, il fut sculpté en hommage au courage des Alsaciens pendant la guerre de 1870, dont le chef n’était autre que le colonel Denfert-Rochereau.

Place Denfert-Rocherau, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
Place Denfert-Rocherau, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

À même la place, les fameuses catacombes renfermant les os de pas moins de six millions de personnes. S’étendant sur 11.000m², soit une part modeste des carrières souterraines de la capitale, elles ont ensuite été utilisées comme ossuaire municipal. 

Les Catacombes, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
Les Catacombes, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Le cimetière des Innocents (près de Saint-Eustache, dans le quartier des Halles), utilisé pendant près de dix siècles, était en effet devenu un foyer d’infection pour les habitants du quartier. À partir de 1785 débuta la suppression et l’évacuation dudit cimetière vers les carrières de la Tombe-Issoire. Ce site, véritable labyrinthe souterrain, devait ensuite recueillir les ossements de tous les cimetières de Paris jusqu’en 1860, date à laquelle démarrèrent les travaux d’urbanisme d’Haussmann. Dès leur création, ces catacombes suscitèrent une grande curiosité : le Comte d’Artois (futur Charles X), François Ier (empereur d’Autriche), Napoléon III en furent. Aujourd’hui encore, nombreux sont les curieux.

Les Catacombes, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
Les Catacombes, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Et cet Observatoire ! Cet édifice singulier, le plus ancien au monde encore en service, fut construit par l’architecte Perrault (dont on connaît le frère – Charles – pour les fameux contes). L’axe du méridien a été déterminé à partir de ce bâtiment, qui y a vu naître les services de la météorologie, et où l’on y dressa la carte de la Lune en 1679 !

Dans le prolongement de la place, la rue Daguerre. Agréable rue familiale où tout le monde se connaît, elle est largement occupée par de petits commerçants, restaurants avec terrasses chauffées et de bien jolies boutiques.

La rue Daguerre, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
La rue Daguerre, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Où ?

→ Catacombes de Paris  1, avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy, Paris 14ème. M° et RER B Denfert-Rochereau. Tél. : 01 43 22 47 63 /  www.catacombes-de-paris.fr

→ L’Observatoire de Paris 61, avenue de l’Observatoire Paris 14ème. Tél. : 01 40 51 22 21 / obspm.fr


De la Tombe-Issoire à la Fondation Cartier.

Entre la place Denfert-Rochereau, et le parc de Montsouris se trouve la rue de la Tombe-Issoire. Celle-ci tire son nom de la légende du géant Isoré et y accueillit la dernière ferme de la capitale. 

Non loin, perpendiculairement, se niche la Villa Seurat. Découverte par Cendrars, cette charmante impasse a hébergé les ateliers des peintres Soutine et Lurçat, de même qu’Henri Miller y reçut Lawrence Durrell. 

De l’autre côté de la place Denfert-Rochereau, en direction de la tour Montparnasse, le boulevard Raspail qui contourne le cimetière. En chemin, au niveau de la place Pablo Picasso, on peut y admirer le Balzac de Rodin pour poursuivre jusqu’au passage de l’Enfer, désormais classé : on y retrouve l’atmosphère quasi intacte du Paris d’autrefois avec les vieilles façades de ses maisons populaires. On débouche alors sur la rue Campagne-Première, appelée aussi “la rue des poètes”, et pour cause : Rimbaud y occupa une chambre de bonne, Rilke y installa son atelier de travail, Aragon y rejoignait Elsa Triolet… Et Jean-Luc Godard l’immortalisa en y faisant mourir Belmondo dans « À bout de souffle », tandis que la regrettée Jean Seberg lui demandait : “C’est quoi, dégueulasse ?”.

La rue pavée Campagne Première, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
La rue pavée Campagne Première, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Dans la même rue, on ne peut que remarquer la façade tout en céramique au n° 31, décorée de fleurs : c’est un véritable chef-d’œuvre de l’Art nouveau. Il jouxte un autre lieu légendaire, l’hôtel Istria : il reçut en effet, entre autres noms de renom, Rilke, Marcel Duchamp, Man Ray, Erik Satie, Kiki de Montparnasse, l’égérie des artistes (la femme de dos du fameux cliché de Man Ray, « Le Violon d’Ingres », c’était elle !).

L'hôtel Istria, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
L’hôtel Istria, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Si Picasso a d’abord habité le boulevard Raspail (chalet suisse au n° 242), il a ensuite déménagé rue Schoelcher au n° 5.

Entrée de la maison où vécut Picasso, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
Entrée de la maison où vécut Picasso, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

La bâtisse offre au regard une belle façade ornée de marqueterie de mosaïques, tout comme le n° 11 bis, où résida Simone de Beauvoir.

La maison où vécut Simone de Beauvoir, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
La maison où vécut Simone de Beauvoir, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Dans cette rue, de même que la rue Froidevaux, toutes deux perpendiculaires au cimetière, on ne peut qu’avoir les yeux en l’air, pour admirer les appartements aux volumes extraordinaires et aux larges verrières. Certains sont même dotés de terrasses verdoyantes…

La maison où vécut Simone de Beauvoir, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
La maison où vécut Simone de Beauvoir, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

A voir toujours sur le boulevard Raspail, le bâtiment vêtu de verre et d’acier, conçu par l’architecte Jean Nouvel : la Fondation Cartier. Ce lieu, qui propose des expositions réputées d’art contemporain, est de surcroît joliment entouré d’un jardin en terrasse japonaise.

Où ?

→ Fondation Cartier pour l’Art contemporain  261, boulevard Raspail, Paris 14ème. Tél. : 01 42 18 56 50 /  fondation.cartier.com


La légende d’Isoré
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Au Moyen âge, Isoré, bonhomme haut comme trois hommes, caché dans une forêt, détroussait les pèlerins qui s’en allaient à Saint-Jacques de Compostelle. Le Roi ayant vent de ces méfaits, convoqua ses meilleurs chevaliers, qui furent pourtant défaits par le terrible géant. Le Roi s’en remit alors au preux Guillaume d’Orange, qui vivait en ermite dans les montagnes. Ce dernier parvint, au cours d’un terrible combat, à décapiter Isoré.  Celui-ci étant trop lourd et trop grand pour l’emmener en un autre endroit, la population décida de l’enterrer sur place. Le lieu donna la rue de la Tombe Isoré, qui se transforma au fil du temps, en rue de la Tombe-Issoire.

Le géant Isore, Sculpture de Corinne Beoust, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
Le géant Isore, Sculpture de Corinne Beoust, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Du Cimetière Montparnasse à Vavin
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Que serait Montparnasse sans son cimetière ? Nécropole littéraire et artistique par excellence, il accueille, parmi ses quelque 34.000 sépultures, des hôtes de marque de tous milieux : édition (Hachette, Littré, Flammarion), cinéma (Jean Seberg, Jacques Demy, Maurice Pialat), journalisme (Yves Mourousi), philosophie (Cioran, Aron), dessin (Topor, Reiser), peinture (Soutine, Man Ray), sculpture (César, Bartholdi, Bourdelle), littérature (Baudelaire, Maupassant, Ionesco, Vercors, Mauriac, Desnos, Duras, Sartre, Simone de Beauvoir…) pour ne citer qu’eux ! La tombe la plus visitée reste celle de Gainsbourg.

Le cimetière Montparnasse et la tour éponyme en arrière-plan, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
Le cimetière Montparnasse et la tour éponyme en arrière-plan, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

On rejoint par la rue du Montparnasse le boulevard du même nom jusqu’au carrefour Vavin. Ce quartier a conservé quelques cafés de renom du temps de l’Ecole de Paris. La Coupole, ouverte en 1927, fut un bouillon de culture où l’on guinchait à qui mieux mieux, ce qu’Hemingway traduisait ainsi : “Les tables sont pleines, toujours pleines, les gens arrivent sans cesse et les portes dansent”. Cocteau, Man Ray, Blaise Cendrars l’inaugurèrent, Aragon y rencontra Elsa Triolet, Dali, Bunuel, Artaud, Miller et Durrell, Simenon, Sartre, Beauvoir le fréquentèrent assidûment. Alors évidemment, ce n’est plus la grande époque, en tout cas, plus la nôtre. Mais l’intérieur en a conservé le décor, avec ses colonnes et ses fresques, et l’endroit est resté animé côté restaurant comme à l’étage inférieur, avec sa discothèque.


La Coupole, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
La Coupole, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

À l’angle, le Dôme, créé en 1906, favori des Américains durant les années 20 (Henry Miller), mais aussi Beckett, Foujita, ou bien encore Modigliani y vinrent souvent. Le lieu accueille aujourd’hui autant des personnalités du milieu politique que du show-bizz.

Où ? 

→ Cimetière du Montparnasse 3, boulevard Edgar Quinet Paris 14ème /  http://www.paris.fr

La Coupole 102, boulevard du Montparnasse, Paris 14ème. Tél.: 01 43 20 14 20 / http://www.lacoupole-paris.com/fr/

Le Dôme 108, boulevard du Montparnasse, Paris 14ème. Tél.: 01 43 35 25 81 / http://www.restaurant-ledome.com


Fin de parcours à la Gaîté.

Avec ses 209 mètres de haut, la tour Montparnasse s’impose. On atteint d’ailleurs son dernier étage (le 59e) en un temps record : 38 secondes ! À son sommet se trouve la terrasse panoramique, la plus élevée de la ville. À ses côtés, la gare Montparnasse où nombre de Bretons débarquaient pour tenter leur chance dans la capitale. Il subsiste des traces de leur passage dans le nombre de crêperies et restaurants situés aux alentours, qui proposent le fameux kouign aman (gâteau au beurre).

La rue de la Gaîté, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT
La rue de la Gaîté, Paris 14ème © Isabelle SIBOUT

Depuis la gare, la rue du Départ, connue grâce au légendaire « Dernier Tango à Paris » de Bertolucci, conduit à la place du 18 juin 1940. Autrefois QG du Gal Leclerc et lieu de la reddition du gouverneur militaire allemand, elle offre depuis un tout autre visage : cinémas, cafés, boutiques, centre commercial y ont fleuri. Parallèlement à la rue du Départ, la fameuse rue de la Gaîté jadis emplie de guinguettes (d’où son nom…), cafés-concerts, théâtres et lieux de plaisir. Si ces derniers se sont transformés en de vulgaires sex-shops, l’endroit maintient sa réputation de bonne humeur avec ses théâtres que sont la Gaîté-Montparnasse, le Montparnasse, le Rive-Gauche, la Comédie Italienne, et Bobino.


Non loin, en direction de la Place de Catalogne, que Ricardo Bofill a dotée de colonnes de verre et d’un amphithéâtre en pierre, on suggère une pause à la fondation Henri Cartier-Bresson : on peut y admirer les œuvres du maître de “l’instant décisif”, ainsi que des expositions temporaires.


Dans le secteur, enfin, pour une vraie bouffée de nature, le fameux Jardin Atlantique propose 3,5 hectares suspendus à 18 mètres au-dessus des voies ferrées : ses ponts-promenades et ses mâts lui confèrent une irréelle image d’immense bateau.

Où ? 

→ Fondation Henri Cartier-Bresson 2, impasse Lebouis, Paris 14ème. Tél.: 01 56 80 27 00 / www.henricartierbresson.org


 

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