Façade de la Manufacture des Gobelins, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

GOBELINS

 

Au n°42 de l’avenue des Gobelins (13ème arrondissement), les tapisseries font de la célèbre Manufacture un haut lieu patrimonial parisien, tandis que l’ancien Garde-Meuble de la Couronne, le Mobilier national, conjugue passé et présent avec virtuosité.

Une Manufacture de facture.

Au début du XVIIème siècle (1601), Henri IV met en place un ambitieux programme de développement des manufactures dans le royaume de France. Il s’agissait alors de limiter  l’achat à l’étranger des produits manufacturés, en particulier les tapisseries et tapis, qui pourvoyaient allègrement le roi et la cour. Mais c’est en 1662 que Colbert décide de regrouper en un même lieu les ateliers parisiens de tissage de tapisseries (ceux du Faubourg Saint-Antoine sous Henri IV et de Maincy avec Fouquet). L’origine de cette Manufacture hors du commun remonte aux Gobelin, une famille de « taincturiers en escalarte » (procédé de teinture en écarlate), installée au XVème siècle sur les bords de la Bièvre en raison de ses qualités tinctoriales.

L'écusson de la tapisserie sur la façade de la manufacture des Gobelins, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
L’écusson de la tapisserie sur la façade de la manufacture des Gobelins, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Sous Louis XIV, Charles Le Brun y installe peintres, tapissiers, orfèvres, fondeurs, graveurs, ébénistes, dont la production est destinée à l’ameublement des Maisons royales. Si la magnificence de cet art jalonne l’Histoire, des tentures de Don Quichotte d’après Coypel (XVIIème siècle) aux travaux de Gustave Geffroy, ardent défenseur de l’Impressionnisme (début XXème siècle), elle témoigne aussi de ses multiples possibilités d’expression actuelle : la Manufacture tisse en effet des tapisseries en faisant appel à des artistes contemporains (Jean Arp, Fernand Léger, Louise Bourgeois…), tout en oeuvrant pour la conservation de quelque 2000 cartons peints : un fonds comprenant des œuvres prestigieuses à grandeur d’exécution, ainsi que maquettes et modèles pour tapisseries d’ameublement.

Façade de la Manufacture des Gobelins, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Façade de la Manufacture des Gobelins, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Où ?

→  Manufacture des Gobelins  42, avenue des Gobelins, Paris 13ème. M° Gobelins. Tél. : 01 44 08 53 49 / www.mobiliernational.culture.gouv.fr

À lire. Gobelins – Beauvais – Savonnerie. Tissages contemporains, Bernard Chauveau Editeur, 2007 / www.bernardchauveau-editeur.com

À l’occasion du 400ème anniversaire de la Manufacture, l’édition de tête de ce livre d’art présentait un ensemble de tissages contemporains réalisés de 1965 à nos jours, accompagné d’un morceau de tapisserie originale tissée par les lissiers eux–mêmes.  Edité à 350 exemplaires, ce portfolio avec planches d’illustrations mises en couleurs à la main au pochoir sur papier vélin d’Arches à partir de la couleur des fils de tissage originaux présente des réalisations contemporaines d’artistes de renom (Pierre Buraglio, Louise Bourgeois, Cécile Bart, Alexandre Calder…). 

L'écusson de la tonte sur la façade de la manufacture des Gobelins, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
L’écusson de la tonte sur la façade de la manufacture des Gobelins, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

À savoir. Exclusivement utilisée depuis 1826 (la basse lisse est réalisée à la Manufacture de tapisserie de Beauvais), la haute lisse emploie un métier vertical composé de deux ensouples mobiles disposées parallèlement, dont les fils de chaîne tendus verticalement sont séparés en deux nappes. L’une est laissée libre, tandis que l’autre est munie à chaque fil d’une cordelette de coton appelée lisse. En actionnant ces lisses d’une main, on obtient le croisement des fils nécessaire à l’exécution de la trame à l’aide d’une broche chargée de laine, soie ou matériaux divers.


Le prestige du Mobilier National.

C’est sur les anciens jardins de la manufacture des Gobelins qu’est installé depuis 1937, dans un bâtiment en béton construit par Auguste Perret, le Mobilier national. Sous l’Ancien Régime déjà, époque où les résidences royales étaient nombreuses, l’Ostel le Roy dressait l’inventaire du mobilier, en assurait le transport et l’entretien, et passait commande… Louis XIV institutionnalisa cette pratique (1663) et confia la gestion de ce Garde-Meuble de la Couronne à Gédéon Berbier du Mets, premier « Contrôleur général des meubles de la Couronne », celui-là même qui donnera son nom à la rue où l’établissement réside aujourd’hui. Devenu en 2003 un service à compétence nationale, l’aventure se poursuit. Sont ainsi meublés palais officiels de la République, résidences présidentielles, ambassades de France à l’étranger et espaces de réception lors des sommets internationaux.

Entrée du Mobilier national, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Entrée du Mobilier national, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Riche de plus de 80.000 objets, le Mobilier national valorise donc le prestige de la France, mais pas seulement : tapis, tapisseries, dentelles, bronzes, meubles, pendules, lustres, vases…, tout un patrimoine soigneusement conservé, inventorié et restauré.

Où ? 

→ Galerie des Gobelins  42, avenue des Gobelins, Paris 13ème. M° Gobelins. Tél.: 01 44 08 53 49 / www.mobiliernational.culture.gouv.fr

À lire. Bureau pour un ambassadeur de Vincent Dupont-Rougier, Bernard Chauveau Editeur, 2010 / www.bernardchauveau-editeur.com

Ce 17ème volume de la collection « Les Cahiers » présente l’ensemble des meubles créés par le designer Vincent Dupont-Rougier, invité par les ateliers du Mobilier national à concevoir l’aménagement du bureau de l’ambassadeur de France à Bucarest.

Le bâtiment du Mobilier national signé Auguste Perret, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Le bâtiment du Mobilier national signé Auguste Perret, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Contemporain.

Dans le même esprit, André Malraux crée en 1964 l’Atelier de Recherche et de Création (ARC). En collaboration avec des créateurs actuels, celui-ci réalise meubles et ensembles d’après leurs dessins et modèles. Ainsi, la salle à manger de l’Elysée créée en 1972 par Pierre Paulin pour le Président Pompidou, qui affectionnait particulièrement le contemporain, à l’instar de Mitterrand. Car, à chaque Président, son style : Empire pour de Gaulle, Louis XVI pour Giscard d’Estaing… L’ARC restaure et réédite également des meubles contemporains, et n’hésite pas à explorer technologies nouvelles et matériaux actuels (métaux, résines, plastiques).

Le chien qui veille à l'entrée du Mobilier national, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Le chien qui veille à l’entrée du Mobilier national, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

En quelque 50 ans, plus de 500 pièces de mobilier ont ainsi été élaborées, dont les ensembles pour les pavillons français des expositions universelles de Montréal et d’Osaka, l’Ambassade de France à Berlin en 2002 (Elisabeth de Pontzamparc).

Parmi les créations récentes issues de l’ARC figurent trois ensembles de bureau d’après Matali Crasset en 2009, Christian Ghion et François Baucher en 2010 et 2011 (exposés en juin 2012 lors des « Desi-igners’s Days »), ainsi qu’un paravent/ claustra d’après Frédéric Ruyant en 2011.

Où ? 

→ Atelier de Recherche et de Création 1, rue Berbier-du-Mets, Paris 13ème. Tél.: 01 44 08 52 00 / www.mobiliernational.culture.gouv.fr

Gratte-ciel Albert et façade arrière du Mobilier National, rue de Croulebarbe, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Gratte-ciel Albert et façade arrière du Mobilier National, rue de Croulebarbe, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

 

1 commentaire sur "GOBELINS"Donnez votre opinion →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *