Cour pavée au n°74 de la rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12ème © Isabelle SIBOUT

FAUBOURG SAINT-ANTOINE

Constituant la limite entre les 11ème et 12ème arrondissements, le Faubourg Saint-Antoine est l’un des plus vieux axes de Paris. Certes changé, voire modernisé, il en a toutefois conservé le charme lié à ses nombreux passages et ateliers. Pour mieux s’y perdre…

Frondeur.

Longue de 1810 mètres, la rue du Faubourg Saint-Antoine a une largeur allant de 17 à 30 mètres. Cette étroitesse associée à l’aspect labyrinthique des rues adjacentes et des nombreux petits passages en a fait un lieu idéal de barricades à chaque révolte dans l’histoire de Paris. C’est dire si ce quartier populaire et industrieux fut prompt à la rébellion. Haussmann y mit un terme en 1860 en partageant ce faubourg frondeur entre les 11ème et 12ème arrondissements.

Panneau de la rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème et 12ème © Isabelle SIBOUT
Panneau de la rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème et 12ème © Isabelle SIBOUT

Industrieux.

La rue du Faubourg Saint-Antoine tire son nom de l’ancienne abbaye de Saint-Antoine-des-Champs fondée au XIIème siècle, implantée à l’emplacement de l’actuel hôpital Saint-Antoine. Au XVème siècle, grâce à un privilège royal libérant les artisans de la tutelle des corporations, ceux-ci purent déployer toute leur inventivité tout en honorant les commandes de l’abbaye et de la Cour. C’est ainsi qu’en 1700, on recensait 500 menuisiers, 400 ébénistes, sans compter les ateliers de faïence, de textile et de fonderie ! 

Décoration & Tapisserie HUGNET, aujourd'hui définitivement fermée, Paris 12ème © Isabelle SIBOUT
Décoration & Tapisserie HUGNET, aujourd’hui définitivement fermée, Paris 12ème © Isabelle SIBOUT

La rue en a conservé son organisation séculaire avec ses immeubles d’habitation de deux ou trois étages édifiés sur la rue (surélevés ensuite aux XIXème et XXème siècles) et les ateliers dans les arrière-cours.

Une peausserie rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT
Une peausserie rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT

Labyrinthique.

La plupart des passages sont des successions de cours pavées. Aujourd’hui investies par des bureaux et entrepôts, on trouve encore quelques ateliers de l’artisanat du bois, rappelant le passé de ce quartier.

Une enseigne d'ameublement, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT
Une enseigne d’ameublement, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT

Le passage du Cheval Blanc au n°2 de la rue de la Roquette donne sur la Cité Parchappe qui débouche sur la rue du Faubourg Saint-Antoine. Le passage de la Boule-Blanche conduit à l’hôpital des Quinze-Vingts (n°26-28 de la rue de Charenton). Fondé par Saint-Louis en 1260, à son retour de la Terre Sainte pour accueillir 300 aveugles parmi ses compagnons ayant perdu la vue (= quinze fois vingt), l’hôpital s’installa en 1775 dans une ancienne caserne dont il ne subsiste que le pavillon d’entrée (pilastres et fronton triangulaire) et la chapelle.

Hôpital des Quinze-Vingts, Paris 12ème © Isabelle SIBOUT
Hôpital des Quinze-Vingts, Paris 12ème © Isabelle SIBOUT

Au n°56, la cour du Bel-Air est dotée de façades recouvertes de raisin, tandis qu’au n°66, le passage du Chantier abrite encore quelques ateliers.

En face, la fontaine Trogneux (1719) est sculptée de dauphins et de têtes de lions. Au n°74, le passage de l’Innovation abrite une grande cheminée en brique au-dessus d’une verrière, classée Monument historique.

Cour pavée au n°71 de la rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT
Cour pavée au n°71 de la rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT

Au n°75, la cour de l’Etoile d’Or est dotée d’un pavillon du XVIIème siècle, gravé d’un cadran solaire de 1751. Au n°81, la cour des Trois-Frères est restée industrieuse.

La cour des Shadocks, rue du Faubourg Saint-Antoine , Paris 11ème © Isabelle SIBOUT
La cour des Shadocks, rue du Faubourg Saint-Antoine , Paris 11ème © Isabelle SIBOUT

Au n°95 enfin, la porte-fenêtre turquoise sert de blason à une ébénisterie d’art présente depuis 1882.

Enseigne de la Cour des Trois-Frères, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT
Enseigne de la Cour des Trois-Frères, Paris 11ème © Isabelle SIBOUT

ATTENTION ! LA PLUPART DES PASSAGES SONT FERMÉS LES WEEK-ENDS.


Evolutif.

Si les magasins de meubles jalonnent encore la rue, ponctuée de nombreux passages, comme celui du Chantier où quelques artisans perpétuent la tradition, de nombreuses autres anciennes enseignes sont aujourd’hui occupées par les métiers des arts et du spectacle. Ateliers d’artistes, studios de photographie, agences d’architecture comme Jean-Michel Wilmotte au n°68, y font florès.

Passage du Chantier, Paris 12ème © Isabelle SIBOUT
Passage du Chantier, Paris 12ème © Isabelle SIBOUT

L’ouverture de l’opéra Bastille a renforcé cette installation, mais a aussi attiré les promoteurs immobiliers qui entamèrent la destruction de vieux bâtiments au profit d’immeubles neufs sans âme… Les associations du quartier protestant, la mairie de Paris décida alors de mettre l’accent sur un « urbanisme à visage humain ». Ces immeubles certes banals pour la plupart, mais dont la cohérence fait tout le charme du quartier, sont désormais couverts par un « plan de protection et de mise en valeur » préservant le « tissu urbain mineur ». Et parce que cela ne suffit pas, l’organisation traditionnelle de l’habitat autour des cours et des passages doit être maintenue afin d’encourager la mixité entre les logements et les activités artisanales quelles qu’elles soient. Pourvu que les choses évoluent en ce sens…


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