– Extraits du roman –

SOMMAIRE

Prélude.

Chapitre 1 – À la recherche d’une chambre de bonne à Paris

Chapitre 2 – Parisienne procédure

Chapitre 3 – État physique des lieux

Chapitre 4État humain des lieux

Chapitre 5 – Pendaison de crémaillère

Chapitre 6 – Garçonnière, avez-vous dit ?

Chapitre 7 – Question d’arithmétique : 2 canaris, 2 bébés, 1 chat

Petite fin.


EXTRAITS

Prélude

 « Cela fait plusieurs mois que je parcours la capitale et ses 10è, 11è, 12è, 18è, 19è et 20è arrondissements à la recherche d’une chambre de bonne.

   Pour y vivre.

   Arrivée deux ans auparavant, j’ai d’abord habité chez un cousin en banlieue parisienne, à Saint-Maur, puis chez une soeur dans le 11ème arrondissement, puis chez un copain d’une copine dans le 4ème, puis à Pantin chez la copine précitée. Entre deux allers-retours chez la soeur susmentionnée, j’ai aussi goûté la chambre d’hôtel, à vingt euros la nuit avec son café familial au petit matin, la nuitée dans l’une des rares auberges de jeunesse parisiennes, petit déjeuner compris : le premier repas de la journée a toujours été essentiel pour moi !

  Au bout de ces deux années cependant, je jugeai ce tour d’horizon parisien amplement suffisant. Il me fallait avoir mon propre home, ça devenait urgent, je transbahutais mes sacs partout. Au point qu’au boulot, on m’appelait « l’escargot », ou bien encore, la « tortue » ! Et puis, ça devenait vital pour ma tranquillité de corps et d’esprit. Car, tous ces déplacements, ces déménagements, m’exténuaient à la longue.

  Quitte à avoir une chambre chez les autres ou à l’hôtel, autant en avoir une à soi, en avais-je déduit ». (…).

Chapitre 1  À la recherche d’une chambre de bonne à Paris

  « Rendez-vous fut pris avec un agent immobilier dans un café boulevard Davout. Il commença à me vanter les mérites de la chambre que nous devions quelques minutes plus tard visiter. Nous nous y rendîmes après avoir rejoint sa propriétaire, une femme d’allure fort bourgeoise (…).

– Le sol est parqueté, vous avez remarqué ? me dit-elle ?

– Oui, j’ai vu. (Mais j’avais aussi visualisé le « trou » béant au-dessus de la mezzanine, c’est-à-dire la « verrière », énoncée comme telle dans l’annonce). C’est ça, la verrière ?

– Oui.

– On ne voit que le ciel alors ?

– Oui. (Monte une sourde angoisse. Mon Dieu ! Je préfère encore avoir un vis-à-vis, fait tout entièrement de murs en face de moi, mais le ciel… Que du ciel ! Je coupe net cette poussée de stress et repris de plus belle.)

– Et elle s’ouvre, la verrière ?

– Non, elle est bloquée.

– Ah bon ! Pourquoi ?

– Pour des raisons liées à la sécurité de l’immeuble. » (L’angoisse, que je venais à grand-peine de canaliser, remonta en flèche. parce qu’en plus d’être dans un placard avec pour seule échappatoire le ciel, je suis enfermée !)

– Ah… (Juste ciel !) » (…).

Chapitre 2  Parisienne procédure

  « Le jour J arriva et nous fûmes tous rassemblés autour d’une grande table d’une étude d’un notaire du 13ème arrondissement. (…). Soudainement, j’observai d’un peu plus près mon notaire, trônant la grande table marbrée, pour conclure que, lui aussi décidément, était atypique : il l’était, dans cette étude notariale cossue, artistiquement boisée, riche d’une multitude de frises en staff courant le plafond. Il l’était, avec son ventre de bonne chère que sa chemise blanche faisait apparaître – un bouton avait sauté – et sa cravate nouée de travers. Il me plut. (…). Comme dans une scène de décor d’une pièce de théâtre dont il aurait eu l’un des rôles principaux. Avec nous autres. (…). Je voyais donc cette scène-là et me demandais ce que je pouvais bien y faire à acheter une chambre de service de 7,92 mètres carrés. (…). Je réalisais également que les autres pouvaient décider de partir sur-le-champ, mais qu’alors, c’était deux à trois mois de transaction qui s’envolaient. A l’annonce du notaire sur le moyen de financer la chambre, je vis leur étonnement à peine dissimulé. Mais je comprenais aussi que la vieille n’avait plus de temps à perdre. Qu’elle avait besoin de ses liquidités ». (…).

Plan de la chambre_7ème étage © Isabelle SIBOUT
Plan de la chambre_7ème étage © Isabelle SIBOUT

Chapitre 3 – État physique des lieux

  « Avant de monter aux étages, le rez-de-chausée. Celui-ci est départagé en deux logements, au centre desquels se situe le hall d’entrée avec staff et frises au mur : au sol, des dessins en mosaïque sur trois à quatre nuances. C’est dire combien l’endroit est classieux. (…). Sur la droite se trouve la loge de la concierge. Elle y vit avec son mari, ses deux enfants quasi majeurs, ses parents à elle résident là aussi. Ca fait une sacrée famille. (…). Sur la porte de la loge se trouve une feuille de papier sur laquelle est écrit à la main, en face de chaque étage, le nom de l’occupant. (…). J’avoue m’être sentie quelque peu ridicule à la vue de mon nom affiché comme tel sur la porte de présentation de l’immeuble : « Mon nom. 7ème étage. Escalier de service« . C’est là que ça cloche. Les trois derniers mots m’ont paru absolument superfétatoires et j’eus soudainement honte de ma requête. Tout à coup, au vu et au su de tous, une propriétaire se trouvait là-haut. Tout là-haut. Et le seul accès était l’escalier de service. Il m’a fallu mettre sous couvert de la raison mon orgueil quelque peu égratigné (…).

Chapitre 4 – État humain des lieux

Les riches.

Au rez-de-chaussée se trouve madame Crapeau. C’est « la vendeuse de ma chambre ». (…). Je l’aperçois de temps en temps, elle vit dans son appartement avec son fils, aussi éteint, tabagique et vieux garçon qu’elle est veuve, alcoolique et excellente gestionnaire de l’ensemble de ses biens à travers tout Paris. Il n’attend qu’une chose, le bougre : qu’elle clamse ! Mais elle a le peau dure, et la dent tout autant. Au point qu’une fois la chambre achetée, je m’aperçus qu’elle m’avait roulée dans la farine sur deux points absolument essentiels. (…). Le premier fut mon chauffe-eau, on ne peut plus important, surtout quand on ne dispose pas de douche. Les deux tuyaux reliant mon unique robinetterie au petit chauffe-eau fonctionnaient tous deux à l’eau froide ! 

La brasserie des Buttes-Chaumont, Paris 19ème, ancienne carte postale
La brasserie des Buttes-Chaumont, Paris 19ème, ancienne carte postale

Chapitre 5 Pendaison de crémaillère

  « Seconde étape: prévenir la concierge de l’immeuble. Quand je lui annonçai mon projet de pendaison de crémaillère, elle me regarda de ses yeux tout ronds. Abasourdie. En grande spécialiste qu’elle est, elle me fit subir son interrogatoire désormais habituel.

– Mais comment ? Comment allez-vous faire ?

– Eh bien, c’est très simple : j’investis le palier du 7ème étage.

– Non ? Vraiment ? Vous n’allez pas faire ça ? Le palier ? Mon Dieu ! (J’aurai dû davantage la préparer à un tel choc.)

– Oui, oui. Le palier. Je ne peux techniquement pas inviter plus de vingt personnes dans ma chambre.

– Mais qu’allez-vous y faire ? 

– Eh bien, des choses qui se font dans pareil cas : manger des petits plats amenés par chaque invité ; vous comprenez, je ne peux pas cuisiner pour un tel nombre de convives avec mes deux plaques électriques et mon four de 35 par 20 ; discuter, écouter de la musique, danser, bref, tous ces petits ingrédients qui composent ce qu’on appelle une soirée réussie.

– Vous plaisantez, là ? De la musique… Mon Dieu ! De la musique, là-haut ! Là-haut, vraiment ?

– Vraiment, oui. 

– Vos voisins sont au courant ?

– Pensez-vous ! Ce sont mes premiers invités.

– Mais il n’y a jamais eu de fête là-haut !

– Justement, on fera une double pendaison. Je pends ma chambre, et le palier avec ! »

Chapitre 6 – Garçonnière, avez-vous dit ?

  « Dans cette chambre du 7ème étage, j’y ai vécu aussi mes émois amoureux. (…). 

Mon Deuxième fut le Baba Cool. Lorsque nous nous rencontrâmes, il partait en scooter deux semaines plus tard pour un périple en solo autour du monde. (…). Ce jour-là, sortie du boulot, je le rejoignis en face de l’Hôtel du Nord pour un pique-nique acheté à l’épicerie en face : pain, rillettes, camembert et vin rouge bu à la bouteille, à défaut de verres. (…). Puis, il me proposa de me raccompagner jusque chez moi. J’acceptai. A l’arrivée, à nouveau, cette question qui me taraude désormais chaque fois. Double interrogation, en fait. Celle, évidente et commune, à tout le monde : « C’est pour maintenant ? « . Puis, une deuxième, supplémentaire et davantage spécifique à mon cas : « Chez moi ? C’est-à-dire là-haut, dans ma chambre de bonne ? Après les sept étages que l’on monte à deux, tout en se parlant ? ». Car il faut bien meubler cette petite gêne de la première fois, qui dure de surcroît le temps de la grimpée. Sans compter la mienne, de gêne, multiple. Expliquer que « Non, on ne peut pas prendre l’ascenseur… Oui, t’as vu (t’as bien vu ?) la couleur crado de ce gris de l’escalier ? Non, ce n’est pas trop dur, tu sais, la montée chaque jour. » (…). A l’arrivée, à bout de souffle, il faut aussi anticiper la réaction de l’autre à la vue de la chambre et les questions qui risquent de fuser : « Tu fais comment ? Tu te laves où ? Ah bon, dans l’évier ? (…). Tu vas chercher ta baguette chaque matin ? Et tes commissions ? (…). Au secours ! » (…).

Chapitre 7  Question d’arithmétique : 2 canaris, 2 bébés, 1 chat

  « Une fois installée et la période de familiarisation réciproque des occupants du palier passée, je découvris rapidement en même temps que mon plus proche voisin de palier, ses deux canaris. Avec bruit et douleur. Ce fut la première source de fâcherie avec l’habitant d’à côté pour cause de tapage diurne. La nuit, en effet, il les rentrait dans sa chambre. Aussi, en sus des oiseaux et canards que l’on entend en provenance du parc (des Buttes-Chaumont) avec grand plaisir et satisfaction sans cesse renouvelée d’avoir acheté au 7ème, nous avions les gazouillis incessants d’un canari et d’un pinson. « Ce n’est pas la même espèce« , me répéta-t-il souvent pour sa décharge, comme si cela changeait tout. Justement non. La proximité n’est pas la même, sans compter les différences de dispositions dans lesquelles se trouvaient les volatiles. Les premiers, libres, dans un immense jardin ; les seconds, enfermés dans une cage, laquelle était accrochée à un clou, sur le palier du 7ème étage, de chaque côté, comme pour mieux se faire écho. C’est d’ailleurs ce que les piafs faisaient. Le prétexte de leur propriétaire était qu’il faisait trop chaud dans ses dix mètres carrés, et qu’un peu d’espace et d’air leur ferait le plus grand bien. Evidemment pas à mes oreilles. Les choses commencèrent donc à se gâter lorsqu’il commença à les sortir de son antre ». (…).

Plan ancien du parc des Buttes-Chaumont © http://paris1900.lartnouveau.com/paris19/les_buttes_chaumont.htm
Plan ancien du parc des Buttes-Chaumont © http://paris1900.lartnouveau.com/paris19/les_buttes_chaumont.htm