La rue principale du village de Charonne, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

CHARONNE

Partagé entre les 11ème et 20ème arrondissements, le quartier de Charonne s’étire entre le cimetière du Père-Lachaise et la porte de Montreuil, avec, en son coeur, Saint-Blaise. Une balade chargée de mémoire viticole et ouvrière.

Un lieu pour les ermites.

Le quartier ayant été construit sur une colline, mieux vaut commencer la visite par le haut de la rue Bagnolet (M° Porte de Bagnolet). Très vite, on se retrouve au jardin Debrousse (n°148), doté du Pavillon de l’Ermitage de style Louis XV. Seul vestige de l’immense parc du château de Bagnolet, où se promenaient la cour et La Fontaine en leur temps, il doit son nom à son décor intérieur de peintures murales représentant des ermites en méditation.

Le Pavillon de l'Ermitage, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
Le Pavillon de l’Ermitage, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Plus bas, dans la rue de Bagnolet, deux maisons, nichées entre des immeubles de construction récente, arborent fièrement deux perrons surélevés (n° 134 & 136).

Au 102 bis, l’ancienne gare du village s’est métamorphosée en café-concert : La Flèche d’Or. Avec ses larges baies vitrées surplombant la voie ferrée de l’ancienne ceinture, c’est l’un des lieux de spectacle parisiens les plus en vue. Avis aux amateurs de musiques rock et électro.

La Voie ferrée de la Petite Ceinture, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
La Voie ferrée de la Petite Ceinture, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Où ? 

→ La Flèche d’Or  102 bis, rue de Bagnolet, Paris 20ème. Tél.: 01 44 64 01 02 / www.flechedor.fr


Un quartier viticole.

Rue des Haies, des Grands-Champs, des Maraîchers… Autant de noms rappelant le riche passé viticole et maraîcher du quartier. La nature du sol était en effet si favorable que nombre de religieux y achetèrent des vignes et pressaient eux-mêmes le vin. Devenu l’un des moins chers de Paris, cet or rouge coulait à flot début XIXème, au point que l’on dénombrait pour 800 habitants pas moins de 200 guinguettes aux quolibets loquaces : A l’Entonnoir, Au Rat Goutteux, A la Satisfaction… Entre toutes ces courtilles se succédaient palissades de lilas, maisons basses et échoppes d’artisans donnant sur des fonds de cour plus ou moins malfamés. Certes, aujourd’hui, on est loin de cette grande époque, mais certains îlots du quartier ont su conserver des allures de bourgade malgré l’urbanisation galopante des années 60 et 70.

La villes imaginaire des habitants de la rue Saint-Blaise, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
La villes imaginaire des habitants de la rue Saint-Blaise, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Des associations d’habitants ont su donner de la voix pour protéger le site. De sorte qu’aujourd’hui, toute nouvelle construction doit respecter une certaine hauteur afin de s’intégrer harmonieusement au paysage architectural. D’où ce mélange étonnant des genres mêlant grands immeubles et petites maisons de type provincial au cours de la balade.

Le coeur historique.

Avec son église Saint-Germain-de-Charonne et sa place de Saint-Blaise, nous sommes là au coeur historique de l’ancien village de Charonne. À l’emplacement de l’église se situait autrefois un petit oratoire en souvenir de la rencontre vers 430 sur les coteaux de Charonne de Saint-Germain, alors évêque d’Auxerre, avec une jeune fille de Nanterre, Sainte-Geneviève, la future patronne de Paris. L’actuelle église allie harmonieusement quelques vestiges du XIIè siècle (les gros piliers de la tour) à une architecture plus élégante des XVè et XVIIè siècles. Avant son rattachement à Paris en 1860, elle était l’église paroissiale de l’ancien village de Charonne dont elle constituait le coeur, avec la rue Saint-Blaise.

L'église Saint-Germain de Charonne, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L’église Saint-Germain de Charonne, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Cette rue, autrefois principale, a conservé son charme d’antan avec ses petits restaurants et ses habitations aux volets à persiennes.

La rue Saint-Blaise, Charonne, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
La rue Saint-Blaise, Charonne, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

La placette des Grès.

Mais jusqu’à la placette des Grès seulement, témoin d’une bienheureuse transformation. Autrefois lieu de justice populaire, puis dépôt de pavés (d’où son nom), deux magnolias abritent aujourd’hui deux statues résolument modernes.

La placette des Grès, Charonne, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
La placette des Grès, Charonne, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Le reste de la rue n’est malheureusement plus dans le ton villageois d’époque. En témoigne ce porche au n°46, vestige d’une maison de plaisance du XVIIIème, surplombé d’une tête de Neptune, enchâssé dans une construction moderne, mais aussi toutes les constructions neuves qui se succèdent les unes les autres, à partir de la placette des Grès jusqu’au bas de la rue Saint-Blaise, ornée des pots de fleurs colorés.

La rue "nouvelle" Saint-Blaise, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
La rue « nouvelle » Saint-Blaise, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Au détour des rues Albert Marquet et Courat, si on lève les yeux, alors, on perçoit une magnifique salamandre sur le mur d’un immeuble, accompagnée d’une plaque explicative (1991) : « Il est raconté dans la légende qu’une Salamandre… après être passée par le square où elle aurait laissé une longue trace, se serait dirigée vers Albert Marquet (peintre post-impressionniste, 1875-1947), et s’arrêta pour se reposer dans un coin de la rue Vitruve » (rue perpendiculaire à la rue Saint-Blaise).

La Salamandre, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
La Salamandre, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

La Salamandre donnera son nom au square se situant au bout de la rue Courat.


Le quartier ouvrier de la Réunion.

De l’autre côté de la rue des Pyrénées, entre les rues de Bagnolet et des Orteaux d’un côté, et la rue d’Avron de l’autre, se trouve le quartier de la Réunion, qui débute avec la place éponyme.

Place de la Réunion, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
Place de la Réunion, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Sa rue principale, la rue des Vignoles (le « b » de « vignobles » a dû être bu entre temps…) est traversée de part et d’autre par une multitude de passages, dont les noms (Rançon, de la Poule, Dieu, Satan…) témoignent d’une histoire et de faits divers d’un habitat ouvrier loti en 1860 (annexion de Charonne et d’Avron à Paris).

L'antiquaire de la rue des Vignoles, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L’antiquaire de la rue des Vignoles, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
Panneau de l'impasse Rançon, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
Panneau de l’impasse Rançon, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L'impasse Rançon, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L’impasse Rançon, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Nombreux de ces passages sont aujourd’hui rénovés (Dagorno, Rançon, Satan…), pour quelques autres encore, la réhabilitation est en cours (impasse Saint-Pierre, impasse Poule).

Panneau de l'impasse Satan, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
Panneau de l’impasse Satan, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L'impasse Satan, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L’impasse Satan, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

On peut alors se promener dans ce labyrinthe surprenant pour dénicher quelques détails d’époque ou remis au goût du jour par ses habitants et nous laisser happer par ce nouveau visage, combinant nouvelles architectures urbaines et conservation du patrimoine populaire traversé par les époques.

Inscription murale, Impasse Saint-Pierre, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
Inscription murale, Impasse Saint-Pierre, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L'impasse Saint-Pierre, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
L’impasse Saint-Pierre, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

Un lieu de luttes.

On trouve également dans la rue des Vignoles la Confédération Nationale du Travail (n°33) : ce local historique témoigne de la mémoire du mouvement ouvrier (une plaque commémorative fut apposée le 7 février 2009 en hommage aux travailleurs d’origine espagnole). Lieu culturel alternatif, il poursuit activement sa lutte syndicale et sociale : www.cnt-f.org

La CNT au 33 rue des Vignoles, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT
La CNT au 33 rue des Vignoles, Paris 20ème © Isabelle SIBOUT

INTERVIEW

de Jacques Mélac, ex-patron du bistrot Mélac (2010)

Une adresse bistrotière authentique et incontournable, le Bistrot Mélac : une histoire de famille que Jacques Mélac, un vigneron aveyronnais a perpétuée avec passion en plein coeur de Charonne. L’affaire fut reprise en 2013 : le cadre et l’esprit demeurent intacts, tout comme les vendanges du Château Charonne, maintenues et désormais organisées par le nouveau patron de cette institution.

♦ « Le bistrot Mélac a plus de 70 ans. Quelle est son histoire ?

Je suis né ici, mon père y travaillait déjà. Il avait acheté cet endroit, un ancien cours des Halles (marchand de légumes) qu’il a transformé en « Palais du Bon Vin ». Les gens  venaient remplir leurs bouteilles « à la tireuse » (grande cuve de vin blanc, rouge ou rosé). En 1977, il a quitté l’affaire et j’ai repris le lieu. Je suis allé voir des cavistes en leur disant : « Mon père m’a offert son affaire. Je veux en faire un bistrot à vins ». J’ai rapporté de mon village de Bozouls un pied de vigne, et depuis 1979, on organise ici les vendanges du Château Charonne.

♦ Que représente le vin pour vous ? 

Le vin, c’est un plaisir simple. Quand vous buvez du vin, vous êtes une connaisseuse. Tout le monde. A son niveau. C’est la même chose quand vous allez voir des tableaux. Cela fait partie des plaisirs de la vie. J’aime rencontrer les vignerons, je connais le métier. Chaque vigneron est dans sa bouteille. Il a une palette, comme le peintre. Du coup, quand les gens entrent ici, ils viennent chez moi, parce que j’ai choisi chaque vin.

♦ Il y a un pied de vigne dont la souche se trouve être dans la cave de votre bistrot, et vous avez orné la façade d’un Bacchus. Etonnant, non ?

J’avais très envie d’un Bacchus. Il est la depuis septembre 2008 et s’anime chaque jour entre 12h et 13h, puis entre 20h et 21h, au bruit des clochettes… On organise des festivités tous les ans pour l’occasion ! »

Où ? Bistrot Mélac 42, rue Léon frot, Paris 11ème. Tél.: 01 43 70 59 27 / bistrot-melac.fr

PS : Quant à Jacques, il est reparti en Aveyron et on peut le trouver sur www.melac.fr 


 

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