Panneau de la rue de la Butte-aux-Cailles avec illustration murale, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

BUTTE-AUX-CAILLES

Inclus dans le quartier administratif de la Maison-Blanche, la Butte-aux-Cailles est un petit village caché, situé dans le 13ème arrondissement. S’il abrite de ruelles pavées, d’anciens lampadaires et de jolies maisons, il regorge aussi de nombreuses oeuvres de street art. Visite guidée.

Aux origines.

À l’origine, c’est une colline recouverte de prairies et de bois, construite de plusieurs moulins à vent et surplombant la Bièvre de 62 mètres. Cette rivière dessinait jadis un « S renversé » au pied de la Butte-aux-Cailles avant de se jeter dans la Seine. Les prairies environnantes étaient propriété royale. Au VIIème siècle, Dagobert en fit don à Saint-Éloi, qui y établit toute une colonie de joailliers étrangers, qu’il convertit à la foi chrétienne. Ces  derniers posèrent leur baluchon au bord de la rivière, rejoignant là quelques fermes de cultivateurs. Et le bourg des Gentils devint Gentilly…

La Butte-aux-Cailles tire son nom, non pas du volatile mais de Pierre Caille, qui fit l’acquisition en 1543 d’un coteau planté de vignes. Il laissera son nom à ce petit territoire agricole, dont l’histoire est à peine bouleversée par l’atterrissage forcé de la première montgolfière portant le marquis d’Arlandes et Pilâtre de Rozier, en 1783.

Place Verlaine et plaque commémorative du vol en montgolfière, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Place Verlaine et plaque commémorative du vol en montgolfière, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

L’activité battait alors son plein : d’un côté, l’exploitation minière des calcaires coquilliers ; de l’autre, les industries friandes d’eau vive que constituaient les teintureries, tanneries, blanchisseries, mégisseries, et même des boucheries, qui, à la longue, rendirent ce quartier insalubre. Haussmann prononça le comblement de cette rivière, qui fut canalisée et couverte entre 1860 et 1912. Désormais, elle coule de manière souterraine jusqu’au parc Kellermann, avant de se perdre dans le collecteur d’égout de la capitale, à la hauteur de la Poterne des Peupliers.

Ancien lit de la Bièvre marqué au sol, rue Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Ancien lit de la Bièvre marqué au sol, rue Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Le comblement de la Bièvre coïncida avec l’annexion de la Butte (qui appartenait à la commune de Gentilly) au territoire de Paris en 1860. Durant cette période, la Butte-aux-Cailles est alors investie par les chiffonniers et les ouvriers du cuir, comme en témoigne une vieille enseigne ci-dessous.

Ancienne enseigne de galoches place Paul Verlaine, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Ancienne enseigne de galoches place Paul Verlaine, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

La Butte a conservé son apparence du début du XXème siècle : un village du XIXème siècle en plein cœur de Paris. Les travaux du Second Empire (1851-1870) ont en effet épargné ce quartier périphérique en raison des carrières de calcaire qui ne permettaient pas la construction de bâtiments lourds. Si elles ont pour la plupart été comblées depuis, le risque demeure. Elles ne sont d’ailleurs plus accessibles aux cataphiles.


La balade.

Au départ de la station de métro Corvisart, on emprunte le boulevard Auguste Blanqui jusqu’à la rue du Moulin des Prés que l’on grimpe pour parvenir jusqu’à la place Paul Verlaine. Cette charmante place a l’allure d’une petite place villageoise, allure à laquelle contribue grandement le terrain de pétanque qui se trouve en son centre, mais aussi la présence d’une fontaine d’eau publique.

Place Paul Verlaine, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Place Paul Verlaine, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

À cet emplacement, en effet, se trouvait au début du XXème siècle un puits artésien profond de 582 mètres (puits duquel l’eau jaillit spontanément) : il devait servir à alimenter les maisons de la Butte et à augmenter le débit de la Bièvre. Son forage est entrepris en 1866 mais cesse en 1872 à 532 mètres devant les difficultés rencontrées. Le chantier reprend néanmoins en 1893 sous la direction, cette fois, de l’ingénieur Paulin Arrault. L‘eau jaillit enfin en novembre 1903 à 582 mètres : elle est alors légèrement sulfureuse et tiède (28°), très abondante avec près de 6.000 m3 par jour. Cependant, les travaux ont déjà perdu de leur utilité : la Bièvre est en cours d’enfouissement, et les habitations commencent à être dotées de l’eau courante.

Piscine de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Piscine de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Vingt ans s’écoulèrent à nouveau, jusqu’à la construction de la piscine de la Butte-aux-Cailles en 1924 : celle-ci est alimentée par cette eau de qualité provenant du puits artésien, comme en atteste la plaque apposée au mur de la piscine.

Plaque commémorative sur le mur de la piscine de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Plaque commémorative sur le mur de la piscine de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

On se dirige maintenant vers la rue de la Butte-aux-Cailles. Véritable colonne vertébrale de la Butte, cette rue est calme en journée pour s’animer rapidement le soir dès l’ouverture des  bars et restaurants. Et on a l’embarras du choix : le Sputnik, La Folie en Tête, Le Temps des Cerises, Le Merle Moqueur

Café-coopérative "Le Temps des Cerises", rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Café-coopérative « Le Temps des Cerises », rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Où ? 

Le Sputnik 14-16, rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème. Tél. : 01 45 65 19 82 / www.sputnik.fr

Le Temps des Cerises SCOP 18-20, rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème. Tél. : 01 45 89 69 48 / www.letempsdescerisescoop.com

→ La Folie en Tête 33, rue de la Bitte-aux-Cailles, Paris 13ème. Tél. : 01 45 80 65 99 / lafolieentete.com

Le Merle Moqueur 11,rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème. Tél. : 01 45 65 12 43.

Le street-art est particulièrement présent dans ce quartier, qui prend des airs de musée à ciel ouvert : posters, collages, pochoirs et graffitis sont ici à foison. Et il y en a pour tous les goûts.

Graffitis rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Graffitis rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Graffiti, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Graffiti, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Certains street artistes en ont même fait un de leurs lieux d’expression favori. On y découvre ainsi les œuvres de Jef Aérosol, Miss Tic, Jace, Seth… et bien d’autres.

Graffitis, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Graffitis, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

En arpentant la rue de la Butte-aux-Cailles, on n’est pas sans remarquer les passages adjacents à droite comme à gauche, tel le passage Boiton, qui, eux aussi, sont marqués du sceau du street-art.

Graffitis, Passage Boiton, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Graffitis, Passage Boiton, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

On récupère ensuite la rue des Cinq-Diamants, qui doit son nom à un bijoutier qui avait des diamants pour enseigne : outre le théâtre « Les Cinq Diamants », on peut y admirer de très nombreux graffitis, notamment ceux – à nouveau – de l’artiste plasticienne Miss. Tic : une série de pochoirs présents sur la devanture du café Chez Gladines.

Chez Gladines, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Chez Gladines, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Où ?

Chez Gladines 30, rue des Cinq diamants. M° Corvisart. Tél. : 01 45 80 70 10 / gladines.com.fr

Puis, sur notre gauche, le passage Barrault, une petite rue pavée aux charmantes demeures, notamment aux n°6, 9 et 9 bis.

Inscription murale, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Inscription murale, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Jolies maisons, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Jolies maisons, Passage Barrault, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Au bout de ce passage, on tourne à gauche pour la rue Barrault et on se dirige tout droit jusqu’à la rue Daviel. On n’est pas sans remarquer sur notre droite – au n° 10 – un petit ensemble de pavillons à colombages, qui date du XXème siècle et que l’on nomme « la Petite Alsace ».

La Villa Daviel et au fond, la Petite Alsace, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
La Villa Daviel et au fond, la Petite Alsace, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Juste en face de ces maisons à colombages se trouve la Villa Daviel, une allée pavée et bordée de jolies petites maisons particulières.

La Villa Daviel et au fond, la Petite Alsace, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
La Villa Daviel et au fond, la Petite Alsace, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Pour atteindre la rue Michal, prochaine étape de la ballade, on revient sur ses pas, on tourne à droite pour la rue Barrault, puis l’on prend la rue Michal sur notre gauche, une rue calme typique de la Butte-aux-Cailles.

Rue Michal, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Rue Michal, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Une des maisons rue Michal, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Une des maisons rue Michal, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Au bout de la rue Michal, on se trouve derrière l’Eglise Sainte-Anne-de-la-Butte-aux-Cailles. Celle-ci fut construite à la fin du XIXème siècle afin de donner au quartier une église, qui en était alors dépourvue. On peut l’admirer depuis la rue de Tolbiac (au 188).

Eglise Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Eglise Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

On tourne à gauche, puis on prend immédiatement sur notre gauche la rue Buot qui, comme la rue Michal, offre un cadre silencieux et agréable, agrémentée de graffitis ici et là.

Street-art rue Buot, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Street-art rue Buot, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Street-art à l'angle de la rue Buot, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Street-art à l’angle de la rue Buot, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Au bout de la rue, on parvient enfin à la Place de la Commune de Paris, le point culminant de la butte, dont il ne reste pas grand-chose, hormis la fontaine Wallace.

La fontaine Wallace de la place de la Commune de Paris, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
La fontaine Wallace de la place de la Commune de Paris, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Cela n’empêche toutefois nullement le caractère historique prégnant de l’endroit : le peuple Butte-aux-Cailles, tout comme celui de la Butte-Montmartre, avait pris la tête de l’insurrection contre le gouvernement lors de la guerre civile de la Commune de Paris (1871).

Il en reste étonnamment un témoignage vivant par l’existence d’une permanence qui lui est dédiée et qui est située rue des Cinq-Diamants.

Local de la Commune de de Paris, rue des Cinq Diamants, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Local de la Commune de de Paris, rue des Cinq Diamants, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

 


Le square Brassaï.

Pour finir cette balade, rien de tel qu’une pause arborée au square Brassaï, idéal avec des enfants.

Le square Brassaï, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Le square Brassaï, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Gyula Halasz (1899-1984) prit le nom de Brassaï en 1923, inspiré du nom de sa ville natale en Hongrie, Brasso. Journaliste, il fut notamment célèbre pour ses photographies au climat fantomatique et insolite qui relient son oeuvre au courant surréaliste.

Le jardin lui-même prend place sur une ancienne carrière d’argile, d’où son versant fortement dénivelé.

Le square Brassaï, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT
Le square Brassaï, Paris 13ème © Isabelle SIBOUT

Où ? 

Square Brassaï  2, rue Eugène Atget, Paris 13ème. Accès par la rue Jonas. M° Corvisart.


 

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